
Les chefs célèbres et l’ombre des femmes
Pendant des siècles, les chefs masculins ont dominé la cuisine publique. Des noms comme Antonin Carême, Auguste Escoffier ou Paul Bocuse sont devenus synonymes de haute gastronomie. Au Québec, des chefs comme Normand Laprise ou Martin Picard continuent de briller.
Mais qu’en est-il des femmes ? Elles ont toujours joué un rôle crucial, préparant les repas et transmettant les traditions culinaires. Pourtant, leur influence restait limitée à la sphère privée. Heureusement, des femmes comme Jehane Benoît ont changé la donne. Elles ont ouvert la voie pour que les femmes soient reconnues dans l’univers culinaire public.
Une pionnière diplômée
Parmi celles-ci se trouve une femme née à Montréal, au début du XXe siècle. Issue d’un milieu aisé, Jehane Benoît (1904-1987) fréquente le couvent Sacré-Coeur, puis dans les années 1920, elle s’envole vers Paris afin suivre une formation à l’école Le Cordon bleu. Elle poursuit plus avant sa formation à la Sorbonne, où elle obtient un diplôme en chimie en 1925.
Jehane Benoît revient au Québec et entame une longue carrière dans le domaine culinaire. Au début des années 1930, elle fonde une école de cuisine laïque et bilingue, Le Fumet de la vieille France, qui accueille environ 8000 étudiants durant les quatre premières années.
Grande pédagogue, elle a aussi organisé des écoles culinaires pour l’YWCA de Montréal. Très active, elle dirige deux restaurants montréalais, soit Le Salad Bar, qui est considéré comme le premier restaurant offrant un menu végétarien à Montréal et La vieille marmite, situé sur l’île Sainte-Hélène.
En 1956, avec son deuxième époux, elle s’établit à Sutton dans les Cantons de l’Est, où ils acquièrent une ferme d’élevage d’agneaux. Elle demeure à cet endroit jusqu’à son décès, survenu en 1987. Elle est d’ailleurs inhumée dans le cimetière de sa ville d’adoption. En 2012, le Musée des communications et d’histoire de Sutton a présenté une exposition portant sur la carrière de Jehane Benoît.
Une auteure et communicatrice hors pair
Jehane Benoît était une auteure prolifique. Elle a contribué à des magazines populaires comme Madame au foyer et Canadian Home and Gardens. Mais son œuvre la plus célèbre reste L’Encyclopédie de la cuisine canadienne. Cet ouvrage, vendu à près de deux millions d’exemplaires, est une mine d’or pour comprendre la diversité culinaire du Canada.
Dans les années 1970, elle a introduit la cuisine au micro-ondes avec son livre Madame Benoît’s Microwave Cookbook. Ce guide innovant a aidé de nombreux foyers à découvrir cette technologie révolutionnaire, notamment avec l’usage du four à micro-ondes. Elle a également animé des émissions culinaires sur Radio-Canada, partageant ses conseils avec un large public. Son charisme et sa pédagogie l’ont rapidement propulsée au rang de « dame de la cuisine » québécoise.
Un héritage inestimable
Jehane Benoît a reçu plusieurs honneurs. En 1968, elle a remporté le prix David. En 1973, elle est devenue Officière de l’Ordre du Canada pour sa contribution à la gastronomie. En 1995, un parc près de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) a été nommé en son honneur.
En 2012, son nom a été ajouté au Petit Robert, un dictionnaire prestigieux. Ces distinctions montrent à quel point son impact dépasse la cuisine. Elle est devenue un symbole culturel, célébrée non seulement au Québec, mais dans tout le Canada.
En hommage à son œuvre, le Musée des communications de Sutton a organisé une exposition retraçant sa carrière et ses nombreuses réalisations. Cet événement a permis de rappeler son rôle de pionnière de la cuisine moderne au Canada.
Une cuisine qui raconte une histoire
Dans L’Encyclopédie de la cuisine canadienne, Jehane Benoît célèbre la cuisine locale. Elle y affirme :
« La cuisine d’un pays témoigne de sa géographie, de son histoire et de son peuple. »
Ce livre est rempli de recettes qui reflètent l’époque, comme la cipaille au lièvre ou des plats à base de pigeons. Ces recettes montrent à quel point la cuisine est enracinée dans les traditions locales. Jehane Benoît a su capturer l’esprit de son époque tout en imaginant l’avenir de la gastronomie.
Dans les médias
Auteure prolifique, elle contribue à de nombreux magazines, dont Madame au foyer, Canadian Home and Gardens et La Revue moderne. Elle rédige de nombreux ouvrages culinaires, autant en français qu’en anglais, dont le plus ambitieux est L’Encyclopédie de la cuisine canadienne, qui a obtenu un immense succès puisqu’il s’est vendu à près de deux millions d’exemplaires !
Elle fut une des premières à introduire les notions de cuisine au micro-ondes, notamment par son ouvrage Madame Benoît’s Microwave Cookbook, paru en 1975 et traduit en français l’année suivante. Elle participe à de nombreuses émissions télévisées, dont Femmes d’aujourd’hui (RC) The Young Chiefs (CBC) et Take30 (CBC).
Au court de sa carrière, elle reçoit plusieurs distinctions, dont le prix David, qui lui est décerné en 1968. En 1973, elle est reçue Officière de l’Ordre du Canada.
Un parc est aussi nommé en son honneur en 1995 ; il s’agit du parc Jehane-Benoît, situé tout près de l’Institut de tourisme et de l’hôtellerie du Québec (ITHQ), au coin des rues Malines et Berri. Elle fait son entrée dans Le Petit Robert en 2012.
Avec un tel parcours, la contribution de Jehane Benoît à la cuisine canadienne est indéniable. En feuilletant L’Encyclopédie de la cuisine canadienne, la version originale de 1963, on constate les vastes connaissances de Jehane Benoît. Elle communique aussi sa vision des arts culinaires et son appréciation des particularités régionales.
« Avons-nous une cuisine canadienne ? Oui, mais nous avons surtout une cuisine du Québec. La cuisine d’un pays témoigne de sa géographie, de son histoire, de l’ingéniosité gourmande de son peuple et de ses atavismes », souligne-t-elle dans son introduction.
Plusieurs informations contenues dans ce volume traversent le temps et peuvent servir de références, encore de nos jours. On mesure aussi l’évolution de la cuisine depuis cette époque, par exemple, avec l’emploi de glutamate de monosodium comme ingrédient désigné pour certaines recettes, ainsi que la proposition de recettes intrigantes telle la grande cipaille au lièvre, dans laquelle on peut remplacer les perdrix par des pigeons (!), la recette de pigeons rôtis et le classique écureuil au vin blanc ! À vos marmites !!
Une source d’inspiration
Jehane Benoît reste un modèle. Elle prouve que la cuisine peut unir les générations et préserver des traditions tout en accueillant l’innovation. En tant que pionnière, elle a ouvert des portes pour les femmes et les chefs en quête de reconnaissance.
Son message résonne encore aujourd’hui : la cuisine est bien plus que des recettes. C’est un art qui raconte des histoires et reflète l’âme d’un peuple.
Au plaisir de découvrir ou redécouvrir Jehane Benoît et son héritage culinaire intemporel !
